Chabat Tazria et Hahodech 5774 : Du peuple d'Israël à l'assemblée d'Israël

Du peuple d'Israël à l'assemblée d'Israël
Le livre de Chémot / l'Exode retrace la naissance du peuple d'Israël, âm Israël, autour de l'événement fondateur que constitue la sortie d'Egypte (yétsiat mitsrayim).

Pharaon déclare la naissance d"Israël
Cette proclamation de naissance sera d'ailleurs prononcée "officiellement" par le pharaon lui-même quand il déclarera à ses concitoyens : "Voici le peuple des enfants d'Israël est plus nombreux et plus puissant que nous" (Ex 1, 9).
Oui il s'agit bien d'une déclaration de naissance, puisque dans tout le livre de Béréchit / Genèse, ni Abraham, ni Isaac, ni même Jacob, avec les 69 memebres de sa famille, ne forment un peuple, tout au plus un clan pour ce dernier patriarche.
Quand ce sont les nations (ici par la voix du plus grand souverain de son époque) qui déclarent notre existence, on ne peut qu'accepter  le fait qui devient alors irreversible, (comme en 1948,  quand la majorité de l'ONU proclama la création de l'Etat d'Israël).  Ajoutons que dans toute la Bible, l'expression âm béné Israël n'apparaît qu'ici, le texte usant par la suite de l'expression contractée âm Israêl.
A l'analyse, on découvrira que lorsque Dieu s'adresse pour la première fois au "peuple des enfants d'Israël", Il usera d'un autre vocabulaire.
Rappelons que dans un premier temps, Moïse, et Aaron son porte-parole, ne sont envoyés que pour parler au pharaon : "Va et parle au pharaon roi d'Egypte, et qu'il laisse partir Mon peuple de sa terre" (Ex 6, 3). 
Certes, ils réaliseront les signes de Dieu comme cela est mentionné en Ex 4, 30 et 31), mais il s'agissait d'annoncer au peuple que le temps de la libération avait sonné, rien n'était exigé de lui. D'ailleurs, d'après le texte, il ressort qu'il s'agit d'une initiative personnelle d'Aaron, et non d'une injonction divine.
A partir de quand les deux frères devront parler directement aux Hébreux au nom de l'Eternel ? Juste avant la dernière plaie d'Egypte, celle de la mort des premiers-nés.

Dieu s'adresse à Israël
A début du chapitre XII nous lisons :

1 L'Éternel parla à Moïse et à Aaron, dans le pays d'Égypte, pour dire : 2 "Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année. 3 Parlez à toute "la communauté d'Israël" en ces termes: Au dixième jour de ce mois, que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle, un agneau par maison."

Nous sommes donc avant la dernière frappe céleste. Pour l'instant les neufs premières plaies ont touché, et même dévasté, une bonne partie de l'économie égyptienne (on ne sort pas indemne du sang, de l'invasion de grenouilles, de sauterelles, de bêtes féroces, de maladies de peaux, d'une grêle de feu), mais les frappes ne ciblaient pas directement les vies humaines. La dixième, qui sera réalisée par Dieu seul, sans l'intermédiaire d'Aaron ou de Moïse sera toute différente, puisqu'elle va toucher l'existence de tous les premiers-nés, "depuis le premier-né du pharaon, assis sur son tône; jusqu'au premier-né de la servante qui est derrière la meule, et tout premier-né de la bête" (Ex 11, 5).
Tout d'abord, Dieu révèle le principe du nouveau calendrier d'Israël, il sera lunaire pour les mois (nouvelle lune = nouveau mois), et le mois de la sortie d'Egypte sera, bibliquement, le premier des mois de l'année. 
Ensuite, le Libérateur divin demande aux enfants d'Israël de se préparer à la délivrance en préparant un agneau grillé, l'agneau pascal, le korban Pessah.
Comment Dieu nomme-t-il Israël ? Non pas comme le pharaon "peuple des enfants d'Israël", mais "communauté d'Israël" (dans la Torah, l'expression est utilisée 5 fois). En hébreu, le texte dit âdat Israël. Pour les hébraisants, il s'agit d'une sémikhout, d'un complément du nom.
Âdat vient de êdah qui vient lui-même de êd = témoin. Ici Dieu ne désigne pas Israël d'un point de vue quantitatif (et subjectif) un peuple "grand et puissant", comme le fait le pharaon,  mais au niveau  d'une vocation : être témoin, et être témoin de qui ? De Dieu un, bien sûr et des valeurs qu'Il révèle au monde.

Voilà, notre vocation d'EI au sein du peuple juif, au sein de l'humanité : témoigner par notre exemple, sans autre violence, de la relation entre la transcendance et le monde d'ici bas.

Chabat chalom

Philippe

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