Chémot 5774 : hommes de guerre, résistance de femmes

La paracha Chémot s’ouvre rapidement sur le décret de pharaon pour réduire la population hébraïque d’Egypte. Les mesures iront crescendo : construction de villes, travail laborieux dans les champs, réduction à l’état d’esclavage. Malgré toutes ces mesures qui avaient, entre autres, pour but d’épuiser les hommes, et ainsi de diminuer la fécondité (un midrach dit que les femmes se faisaient belles devant leur miroir, afin de séduire leur mari et ainsi maintenir la procréation. Plus tard, ces miroirs serviront pour construire le bassin des ablutions des Cohanim), le peuple se multiplie. Le souverain prend alors la décision de faire tuer tous les nouveau-nés mâles par les sages-femmes hébreues.

Etaient-elles issues du peuple d’Israël ? Etaient-elles Egyptiennes comme leur nom pourrait le suggérer (bien que des Hébreux aient pu avoir des patronymes du lieu depuis toutes ces années, comme Joseph alias Tsafat Panéah) ? Rachi s’appuyant sur un Midrach dit qu’il s’agissait de Jokéved ou Myriam ? Au fond, quelle que soit la réponse, retenons que des femmes ont refusé l’ordre pharaonique. Elles vont devenir résistantes au pouvoir totalitaire.

Anna Arendt avait montré à partir du procès d’Eichmann comment un homme avait été réduit à un fonctionnaire d’Etat chargé d’orchestrer et de gérer la solution finale. Toute dictature commence par la déshumanisation des bourreaux, des soldats et des exécutants, voire de la population entière. Pharaon pensait avoir réussi, il pensait que ces sages-femmes resteraient insensibles aux cris d’un bébé, qu’elles pourraient l’étouffer sans état d’âme, comme on écrase un moustique.

Plus tard la prendre fille du pharaon sera attendrie par les pleurs du petit bébé qu’elle nommera Moïse. Finalement, le salut d’Israël est venu des femmes.

Je crois que dans nos programmes pédagogiques nous devrions toujours souligner cette sensibilité à la souffrance d’autrui, comme nous le faisons pour les colis de Pessah ou les jouets de Hanouka. Humaniser davantage nos enfants, c’est construire la résistance au mal qui pourrait surgir demain ici ou ailleurs (que Dieu nous en préserve).

Chabat Chalom

Philippe Haddad

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