Béréchit 5775 : Création et responsabilité

Paracha Béréchit 5775

« L’homme doit se dire, c’est pour moi que le monde a été créé » Talmud.

 

Ce Chabbat nous recommençons le cycle de la paracha hebdomadaire. Nous commençons par le « Commencement ». Le verset inaugural résonne d’une tonalité proverbiale : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ».

Beaucoup de commentateurs s’interrogent (le fameux questionnement juif) : Quel sens donner à ce verset liminaire annonçant l’univers comme fait de Dieu ?

Tout d’abord, l’idée de Création ne va pas de soi pour les philosophes ; Aristote, Spinoza ou les Existentialistes la récusent. En fait, il s’agit pour le judaïsme d’un acte de foi (émouna). Cette notion religieuse implique que le monde ne se justifie pas lui-même, qu’il ne se réduit pas à lui-même, mais qu’il existe une transcendance (quelle que soit l’approche que nous en avons) qui le précède.

La Torah pose dès le départ : Le monde n’est pas Dieu, mais création de Dieu, Levinas dirait « l’autre » de Dieu. Dire que Dieu a créé le ciel et la terre revient à poser que l’éthique fonde le monde. L’éthique sera toujours associée au nombre « 2 », au « Je » et « Tu » dont parle M. Buber, ce 2 qui, en hébreu, est représenté par la lettre Beth qui justement inaugure la Torah (Béréchit).

Aujourd’hui, la question éthique revient dans toute son acuité (nous a-t-elle jamais abandonnés ?). En 1989, Francis Fukuyama avait annoncé la fin de l’Histoire puisque la fin de la guerre froide allait laisser place à la démocratie libérale. Pourtant les idéologies (idoles politiques et religieuses) n’ont pas rendu l’âme, et agitent notre humanité, engendrant de nouveaux rapports de forces (voire de barbaries) entre les peuples. La planète n’a pas plus été épargnée par nos pollutions et nos nuisances de toutes sortes.

De ce premier verset découle la notion de responsabilité. Création implique responsabilisation. Création implique Relation. Vivre son humanité en tant que créature, dans son sens étymologique, signifie vivre à l’indice 2. A l’instar de Dieu qui « renouvelle chaque jour en permanence l’œuvre du Commencement » (selon la formule liturgique), nous sommes invités à renouveler cette part d’amour vis-à-vis d’autrui, qu’il soit humain, animal ou simple espace vital.

Chabbat Chalom

Philippe

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