Réflexion sur la Techouva

Les dix jours entre Roch Hachana et Kippour se nomment traditionnellement « les dix jours de téchouva, âsséret yémé téchouva.

Le mot téchouva vient de la racine chouv qui veut dire « revenir ». Dans nos sources (tradition écrite et tradition orale) la téchouva désigne le retour, retour vers Dieu, retour vers son prochain par la réconciliation, retour vers la communauté et retour vers la terre d’Israël.

Nous allons proposer une pensée sur cette téchouva à partir de deux textes de Michna[1].

 

« Rabbi Eliézer enseigne : que l’honneur de ton ami te soit aussi cher que le tien, ne sois pas facile à te mettre en colère, fais téchouva un jour avant ta mort »

(Michna Avot 2, 10)

Dans la deuxième référence, la  dernière sentence est ainsi développée :

« Lorsque Rabbi Eliezer enseigna fais téchouva un jour avant ta mort, ses élèves lui dirent : L’homme peut-il savoir le jour de sa mort ? » Ce à quoi le Rabbi répondit (sans une pointe d’humour) « c’est pourquoi il faut faire téchouva tous les jours, car peut-être demain il mourra, et ainsi tous ses jours seront pleins de la téchouva. »

(Avot de Rabbi Nathan A chap. 15. B, 29, 31 b ; TB Chabbat 153 a)

 

Les 3 vertus de Rabbi Eliézer

Rabbi Eliézer, comme tous les Rabbis de la Michna Avot, nous propose de courtes pensées de sagesse. A quoi sert la sagesse (si nous voulons parler en termes utilitaristes) ? A mieux vivre, à trouver une paix, une sérénité intérieure. Personne n’aime vivre dans le stress, dans le doute, dans les perturbations. La nature (physique ou biologique) cherche toujours son point d’équilibre, l’homme n’échappe pas à cette loi naturelle.

Rabbi Eliézer nous donne trois conseils qui sont tirer de son expérience d’homme vivant au milieu des hommes et d’homme croyant vivant face à Dieu. Ces trois conseils constituent la base de sa sagesse, de son bien vivre, de son bonheur.

 

Honorer son ami : un ami se dit ‘haver en hébreu (qui a donné le nom de la ville Hébron : la ville de l’amitié, et on sait qu’Abraham y vécut et qu’il se lia d’amitié avec des Cananéens et aussi qu’il acheta à Hébron, la caverne de Makhpéla pour y enterrer son épouse Sarah.). En hébreu moderne le mot haver a donné ma’hbéret « cahier » qui est « une amitié de feuilles ». L’ami ce n’est pas une connaissance, une relation de bureau ou un voisin de palier. Bien entendu établir de bonnes relations avec ses collègues, ses voisins participe de la paix sociale. Mais un ami est plus rare et donc plus précieux : il est notre confident, comme nous sommes le sien. Il se réjouira de nos joies et s’attristera de nos peines. Il peut-être un compagnon d’étude avec qui l’on pourra débattre de tout, discuter, s’opposer sans jamais se haïr ou se trahir. Il saura garder nos secrets comme il gardera les nôtres. Un ami ? Une perle rare ! Rabbi Eliézer ne dit pas « tes amis », mais « ton ami » : un seul ami véritable et sincère suffit. L’ami est le complémentaire de l’homme, comme la femme de son mari. Pour Rabbi Eliézer, la première voie du bonheur s’exprime dans cette amitié sincère et réciproque, qu’il faut maintenir à tout prix, car sans prix.

 

S’éloigner de la colère : La colère est source de souffrance autant pour les autres que pour soi. Le Talmud enseigne que celui qui se met en colère ressemble à un idolâtre, car il ne reconnaît plus la présence divine dans son lieu de courroux. Pour Maïmonide, ce fut la colère de Moïse qui frappa le rocher, au lieu de lui parler, qui lui coûta son billet d’entrée en terre promise.

La colère apparaît chaque fois que les événements ou les gens ne réagissent comme nous aurions voulu qu’ils agissent. A bien y réfléchir la colère n’arrange pas les choses. Soyons prosaïque : le conducteur à l’arrière vous est rentré dans le pare-choc ! Est-ce que la colère va miraculeusement arranger la tôle tordue ? Autant faire un constat à l’amiable !

On ne sait jamais les conséquences de la colère, car à ce moment précis la colère nous domine, nous sommes sous son contrôle. Rabbi Eliézer nous demande de savoir prendre du recul, de la distance, faire la part des choses.

 

Faire téchouva un jour avant sa mort : Si notre mort est une certitude, sa date nous reste inconnue. On peut toujours se dire « on a le temps ! ». Cette manière de vivre peut entraîner un relâchement sur le plan moral ou spirituel. Je ferai du bien demain ou après-demain.

Or rabbi Eliézer a travers sa formule nous enseigne que chaque jour compte. Il s’agit de trouver le juste milieu entre « c’est mon dernier jour de vie » et « on a le temps ».

Que ferions-nous si nous savions que dans 24heures exactement la mort venait nous chercher ? Rabbi Eliézer répond : faire téchouva. Revenir vers Dieu, ce qui signifie faire le bilan de sa vie et décider d’améliorer ce qui doit l’être, faire le distinguo entre l’essentiel et l’accessoire, faire que ce jour, ce « dernier » jour, soit vraiment un jour qui compte devant l’éternité. Notre maître nous apprend que le temps est précieux, qu’il ne faut pas perdre le temps, qu’il ne faut pas tuer le temps, mais le vivre pleinement, intensément, comme un don infini de Dieu.

Chana tova

Philippe Haddad

 

[1] Première forme écrite de la tradition orale, rédigée entre 200 et 220 sous l’autorité de Rabbi Yéhouda Hanassi (Juda le Prince), Président du Sanhédrin.

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