Paracha Tsav - Zakhor - Pourim 5774

Yom Ha-Kippourim : Un jour comme Pourim

Dans un livre de la mystique juive (Tikouné Zohar chap. 21), l'auteur offre cette comparaison signifiante : "la fête de Pourim est appelée du nom de Yom Ha-Hakippourim (le jour de Kippour), car aux temps futurs, le jour de Kippour deviendra un jour de joie comme Pourim."

Comprenons d'abord le jeu de mots !

Dans la Torah, le mot "kippour" au singulier n'existe pas, la Torah parle toujours de « Yom Hakippourim "le jour des expiations" au pluriel (Lv 23, 27 ; 25, 9) , à entendre le jour des expiations pour tous les enfants d'Israël.

KIPOURIM peut alors se décomposer en KE-POURIM "COMME POURIM", ce qui constitue un procédé herméneutique fréquemment employé au niveau du Midrach. L'idée de la déconstruction (qui sera longuement analysée par Jacques Derrida) est fondée sur le fait qu'un texte ne se réduit pas à lui-même mais qu'il s'ouvre à d'autres lectures ; et que la littéralité n'est qu'un sens parmi d'autres contenus implicitement.

Mais quel lien entre KIPPOURIM et POURIM ? Quel lien entre deux fêtes diamétralement opposées ? L'une est d'institution toraïque, l'autre d'institution rabbinique ; l'une est marquée par l'abstinence, l'autre par l'excès de réjouissance.

Plusieurs réponses sont possibles, nous en proposerons une pour cette année !

Que rappelle Kippour ?

La Torah ne donne aucune justification historique pour le jour de Kippour, alors que les fêtes de pèlerinage sont justifiées par la sortie d'Egypte, le don de la Torah et la traversée du désert. C'est Rachi (rapportant le Midrach) qui montre que Kippour rappelle la seconde descente de Moïse avec les tables de la loi et le pardon divin. En d'autres termes, Kippour est le pendant de Chavouoth (fête du don de la torah), mais cette seconde fois, le peuple ne commit nulle faute d'idolâtrie.

La faute d'idolâtrie ? Il s'agit bien sûr de la faute du veau d'or. Un verset décrit le culte que lui rendirent les fauteurs (Ex 32, 6) : «Et le peuple s'installa pour manger et boire ; et ils se levèrent pour rire".

Trois actes dans ce culte : manger et boire d'abord, rire ensuite.

Selon le principe de la téchouva, du repentir, il s'agit pour le repentant de se retrouver dans les mêmes conditions de la faute et de ne pas fauter (comme l'enseigne Rambam, Maïmonide, dans les lois sur la Téchouva.)

Kippour et Pourim vont représenter les deux temps de la réparation :

Alors que devant le veau d'or, le peuple mangea et but, la Torah demande durant  kippour (qui correspond donc au jour où Moché descendit avec les nouvelles tables) de mortifier sa personne, par un jeûne complet, sans manger, ni boire. On aurait pu penser que pour corriger les réjouissances idolâtres, il aurait suffit de ne pas rire pendant un jour, le jour de Kippour en l'occurrence.

On peut poser que la tradition en a décidé autrement : on ne corrige pas le rire par la tristesse, on corrige une joie non kacher, par une joie cacher, celle de Pourim.

Certes il ya quelque chose de limite durant cette fête joyeuse, puisque le Talmud demande "l'homme doit boire du vin à Pourim jusqu'à ne plus distinguer entre "maudit soit Haman" et "béni soit Mardochée".  D'une certaine manière, il faut tester sa foi en Dieu en frôlant l'ivresse.

A kippour, nous jeûnons, mais la veille c'est un commandement rabbinique de manger, alors qu'à Pourim, on doit boire et manger, alors que la veille on doit jeûner (ou le jeudi si le veille de Pourim est un Chabbat). Nous voyons comment Yom Ha-Kippourim et Yom Pourim sont complémentaires. De plus ici et là, nous célébrons la réception de la Torah, en effet, nous recevons dans le repentir les 10 Paroles de Dieu et à Pourim selon l'enseignement de nos sages nous acceptons de nouveau la Torah "ils accomplirent ce qu'ils avaient déjà accepté." (TB Chabbat 88 a).

Chabbat chalom et Pourim Saméah

Philippe 

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