Paracha Ki Tétsé 5774 : Rendre les objets trouvés

Le Sefer Hahinoukh ou Livre de l’Education (de Rabbi Aaron Halevi XIIIe siècle)  compte 74 mistvoth dans notre paracha, ainsi présentées : 27 mistvoth positives (à faire) et 47 mitsvoth négatives (ne pas faire). C’est elle qui détient le record du nombre de mitsvoth dans son contenu.
L’un des commandements positifs mentionné est celui qui consiste à rendre un objet trouvé. Voici la citation : « Tu ne dois pas voir le bœuf ou la brebis de ton frère égarés et te dérober à eux : tu es tenu de les ramener à ton frère. Que si ton frère n'est pas à ta portée, ou si tu ne connais pas le propriétaire, tu recueilleras l'animal dans ta maison, et il restera chez toi jusqu'à ce que ton frère le réclame; alors tu le lui rendras. Et tu agiras de même à l'égard de son âne, de même encore à l'égard de son manteau, de même enfin à l'égard de toute chose perdue par ton frère et que tu aurais trouvée: tu n'as pas le droit de t'abstenir. » (Dt 22, 1 à 3).

Le Sefer Hahinoukh écrit pour introduire cette mitsva :

« Cette mitsva est une reprise de ce qui est mentionné dans le livre de Chémoth / Exode  (23, 4) : "Si tu trouves le bœuf ou l'âne de ton ennemi, égaré, aie soin de le lui ramener. " Le sens de cette mitsva est compréhensible : l’intérêt de la collectivité et la pacification des citoyens. Car la perte d’objet est une réalité courante, même les animaux ont tendance à s’enfuir. Mais grâce à cette mitsva au sein de notre peuple, les objets et les animaux seront bien protégés sur notre terre, et chacun ayant la responsabilité sur eux, c’est comme s’ils étaient sous la garde de leur propriétaire. Et tous les commandements de l’Eternel sont droits, ils réjouissent le cœur. »

En d’autres termes, la Torah pose une coresponsabilité entre les citoyens d’Israël. Pour reprendre une formule des Pirkey Avoth « ce qui est à toi, est moi » non dans le sens égoïste qu’il possède dans le contexte de la Michna, mais « ce qui est à toi c’est comme si cela était à moi, et donc j’y ferai autant attention qu’à mes propres affaires. Et de même que je serai heureux de retrouver des objets perdus, je suis appelé par la Torah à rendre heureux mon prochain en lui rapportant ce qu’il a perdu.
Cependant le Talmud, à son habitude, va présenter une jurisprudence en tenant compte d’aspects pratiques. [Disons que la Torah écrite donne les grands principes, même si elle parle un peu de l’aspect concret, alors que la Torah orale veut vraiment investir ces grands principes dans les détails de l’existence.]
A propos du verset de notre paracha cité en exergue, la Michna Baba Métsia (2, 5)  se demande pourquoi avoir cité le vêtement en plus des animaux ? Est-ce que la formule finale « tu agiras ainsi à l'égard de toute chose perdue par ton frère » n’englobe pas l’habit ? Et de répondre : De même qu’un vêtement possède des signes distinctifs et que des personnes vont le rechercher, il en sera de même pour tout objet. » En d’autres termes si l’objet ne possède pas un signe distinctif, on n’est pas tenu de le ramener ou de le déposer aux objets trouvés. [Si vous trouver un smartphone, il est toujours personnalité, vous devrez appliquer la mitsva, mais si vous trouver un stylo bille qui ressemble à un autre stylo bille, vous êtes dispensés de ce devoir religieux.] Et Rambam de préciser dans son Michné Torah (lois sur le vol et la perte § 14, 1) : « si l’objet ne porte pas de signe, le propriétaire se découragera de le retrouver et donc il n’y aura pas de demande de sa part. »
Je voudrai traduire cet aspect halakhique pour nous, animatrices et animateurs des EI, dans un langage pédagogique, à travers une lecture symbolique.
Dans la société contemporaine, il n’y a pas que des objets perdus ou des animaux perdus (le petit chat égaré dont on voit la photo collée sur les arbres par son propriétaire) ; beaucoup d’enfants de la communauté sont tout aussi perdus, au plan spirituel, s’entend. Il manque d’éducation juive et beaucoup de parents, qui reconnaissent parfois leurs lacunes, nous les confie pour compléter cette éducation juive. Ici il ne s’agit pas seulement de « ramener des objets perdus à leur propriétaire », mais de ramener des âmes égarés à leur Père qui est aux Cieux.
Le signe de notre réussite s’exprimera quand les enfants deviendront des animatrices et des animateurs à leur tour, avec le sens des responsabilités inhérentes à cette fonction, je dirais même à cette vocation. Le Nouvel An approche, voilà un bel engagement à prendre !
Chabbat chalom
Philippe

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