D'un nouvel an à l'autre

Nous venons de changer d’année : salut 2014 ! Année civile pour le monde occidental. Paix et bonheur pour l’humanité !

Le traité Roch Hachana nous apprend que dans le calendrier d’Israël il n’existe pas un, mais quatre « Nouvel An », quatre « Roch Hachana ». Lisons le texte :

« Il existe quatre « Roch Hachana » qui sont : Le 1er nissan, Roch Hachana des rois (d’Israël) et des fêtes de pèlerinage. Le 1er éloul, Roch Hachana de la dîme des bêtes (10% du cheptel était remis à la tribu de Lévi qui travaillait pour le Temple) ; Rabbi Eléazar et Rabbi Chimon considèrent que ce Roch Hachana des bêtes est fixé au 1er tichri. Le 1er tichri, Roch Hachana des années (certains expliquent les années des rois des nations, d’autres des cycles des saisons), de la chémita (repos de la terre la septième année), du jubilée (repos de la terre la cinquantième année), des plantations et des légumes. Le 1er chvat, Roch Hachana des arbres, selon la maison de Chamaï ; pour la maison d’Hillel, c’est le 15 chvat (Tou bichvat). » (Michna Roch Hachana I, 1).

Il existe quatre Roch Hachana, 4 commencements de l’année, sauf pour Rabbi Eléazar et Rabbi Chimon qui n’en comptent que 3. Le Talmud ne connaît pas la fin de l’année, mais son commencement, comme durant Simhat Torah lorsque à peine avoir fini la lecture du rouleau de la Torah, nous recommençons immédiatement Béréchit. Toujours repartir, toujours aller de l’avant, « toujours prêt » dans notre langage scout.

Le judaïsme, qui dans l’esprit de la Torah, a horreur de la confusion, distingue les « commencements ».

Le premier Roch Hachana, qui tombe le 1er nissan (mois de la sortie d’Egypte), renvoie à la vie politique et religieuse d’Israël. Notre histoire particulière au sein de l’humanité (une nation, un Etat, une foi vécue).

Le 1er éloul concerne le monde animal mis au service de l’homme (travaux agricoles, nourriture, vêtements, etc.), mais l’homme étant au service de Dieu, il se dépossède du « maâsser » pour le Lévi qui ne possède rien et qui œuvre dans le Temple de Jérusalem.

Rabbi Eléazar et Rabbi Chimon considèrent que le monde animal s’inscrit dans le monde humain ; il est vrai que les animaux terrestres ont été créés le même jour qu’Adam. Le psalmiste ne chante-t-il pas que Dieu « sauve l’homme et la bête » ? (Ps 36, 7). L’homme est un animal qui a reçu « l’image divine ».

Le 1er tichri nous le connaissons avec la mitsva du chofar, mais ici il nous apparaît sous un jour nouveau, il s’agit du nouvel des rois des nations ou des saisons. Le 1er tichri fait référence à l’histoire des nations et des quatre saisons (de Vivaldi ?). Les nations naissent à Babel et se dispersent aux quatre coins du monde « selon leur langue ». Chaque peuple développe sa nature, son génie propre, les potentialités que le Créateur a placé en chacun. C’est l’histoire universelle. Mais c’est aussi l’histoire de la terre, de l’adamah, notre mère nourricière dont nous sommes nés à l’origine. Cette « mère », cette « matrie » qui doit se reposer tous les sept ans, comme Israël tous les sept jours.

Enfin discussion entre Chamaï et Hillel concernant la date du nouvel an des arbres, mais accord pour reconnaître aux arbres un Roch Hachana à eux. L’arbre n’est pas n’importe quel végétal ; dans la Bible, il en représente un aboutissement, surtout quand il est fruitier. L’homme juste et l’arbre fruitier sont souvent comparés (cf. le 1er psaume).

Un Michna à méditer bien sûr dans toutes ces implications. Une idée que nous soumettons : Chaque réalité vivante du monde connaît son point de départ sous le regard de Dieu. Espérance d’un monde de l’harmonie, tivliout disait Castor, où toutes les puissances trouvent leur place non pour se détruire, mais pour produire le meilleur d’elles-mêmes.

Chabbat chalom

Philippe

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