CHAVOUOT 5774

 

Sous la montagne de notre identité

 

« Et les enfants d’Israël s’installèrent sous la montagne (du Sinaï). » Chémoth XIX, 17.

L’expression « sous la montagne » appelle un commentaire. Selon Rachi, le sens obvie signifie au pied du Sinaï, mais selon le Midrash (en référence au traité Shabbath 88a), cela nous apprend que le Saint, béni soit-Il, a arraché le mont Sinaï et l’a placé au-dessus des enfants d’Israël comme une cuve. Il leur dit : « Si vous acceptez la Torah, ce sera bien, sinon là sera votre tombeau. »

Un Midrash nous éclaire sur le sens de l’existence juive. Il indique, ici, le lien indéfectible qui unit l’identité d’Israël à la Torah révélée par Dieu. Il n’y a pas d’échappatoire à la Torah, « Elle est notre vie et prolonge nos jours. »

En sortant de l’esclavage égyptien, deux voies s’offraient au peuple : se construire une législation « naturelle » produite par son propre génie, ou bien recevoir la Parole transcendante de Dieu et l’interpréter comme telle.

Tout individu ou toute collectivité est sans cesse interpellé par ce choix. Opter pour sa nature ou se situer dans le mouvement de la sainteté, qui est « sur-naturel ». Telle est le dilemme de la liberté.

Les nations ont le choix d’accepter ou de refuser les 7 lois offertes à Noé (Noahides) ; Israël, au Sinaï, est placé devant l’alternative des 613 mitsvoth et de l’esprit qui les anime. Si Israël accepte, sa libération d’Egypte se transforme en sacerdoce et il devient témoin de Dieu au sein de l’humanité (cf. Isaïe XLIII, 10). S’il refuse, il disparaît en tant que collectivité de témoignage (éda).

A Chavouoth, « le temps du don de notre Torah » un défi permanent et vital se pose à tout juif : accepter ce don divin comme projet de sa propre existence.

La fête n’est marquée par aucun signe extérieur ou par un rite visuel, ni matsa, ni souccah, ni loulav. La sobriété du décor nous renvoie à l’intimité de nos cœurs. Comme lors d’un mariage, tout se joue autour d’un oui ou d’un non.

Dans les temps difficiles que traverse Israël sur sa terre ancestrale et dans les communautés de diaspora, cette question se repose malgré nous. La violence des actes et des mots nous renvoie à cette question ultime : « qui sommes-nous ? »

L’une de nos formes de résistance reste la connaissance de notre identité profonde, celle qui est décrite dans un parchemin. Le corps d’Israël ressemble à un Livre qu’il faut sans cesse déployer pour connaître son Nom.

Hag Saméah

Philippe

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