Caïn, Abel, Aaron et Moché

 

La paracha Emor souligne quelques prérogatives des prêtres, cohanim, à savoir les droits et devoirs des descendants d'Aaron, frère aîné de Moïse. Les rapports de fraternité et les conflits que cette recherche en fraternité peut engendrer parfois (souvent?) constituent la texture du livre de Béréchith / Genèse. Depuis Caïn et Abel et le 1er fratricide, jusqu'à la réconciliation finale entre Joseph et ses frères que de chemin parcouru.

Reprenons la thématique de Caïn – Abel. Caïn l'aîné, le cultivateur, offre la première offrande de l'homme devant Dieu. Sa démarche semble sincère, mais isolée aussi. Il ne paraît pas se soucier d'Abel, son jeune frère, le berger, à qui il ne parle jamais. Caïn vit sa religion sans fraternité. Abel offre sans doute le 1er sacrifice animal, mais il sera à son tour "sacrifié" sur l'autel de la jalousie de Caïn.

Dieu avait pourtant mis en garde Caïn "si tu t'améliores, tu t'élèveras", mais l'appel ne fut pas entendu. Caïn restera du côté de la violence, Abel fera passer la violence sur l'animal, (ce qui en soi peut surprendre dans cette humanité végétarienne, mais ce n'est pas notre sujet ici).

Plusieurs générations plus tard, la même expression désignant Abel comme "berger de petit bétail" se retrouve pour parler de Moïse "berger de petit bétail" chez son beau-père Yitro. Mais une différence existe avec Abel. Moïse porte en lui une violence : au nom de la justice, il a été entraîné à tuer un Égyptien. Moïse est berger comme Abel, mais violent comme Caïn.

Où se trouve la non-violence dans cette nouvelle fratrie ? Du côté d'Aaron, l'aîné (lui même précédé par Myriam). Aaron est le négociateur, celui qui traduit le propos de Moïse devant pharaon ; celui qui atténue la rigueur de la loi mosaïque par une douceur plus acceptable à l'oreille pharaonique peut amène à écouter les injonctions d'un Dieu qu'il ne connaît pas. La michna prend Aaron en modèle en proposantant : « Soyez les disciples d'Aaron : aimez la paix et poursuivez la paix. »

Le couple fraternel « Aaron – Moïse » se présente comme un contre-couple « Caïn - Abel ».

En fait, Aaron assume la prêtrise que Caïn aurait dû assumer s'il avait été sensible la fraternité authentique.

C'est à lui, et non à Moïse, que reviendra l'honneur de lever les mains pour bénir les enfants d'Israël dans la paix, les mains de Moïse ayant souillé du sang de l’Égyptien, tout féroce qu'il fût. Plus tard, Dieu interdira à David de construire le Temple, à cause du sang versé durant ses guerres, même si elles furent menés au nom de Dieu.

Les violences sont parfois nécessaires, mais elles restent disqualifiantes dans le projet fraternel voulu par le Créateur.

Chabbat Chalom

Philippe

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